Inspection Générale d'Etat de Côte d'Ivoire

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Interview de l’Inspecteur Général d’Etat AHOUA N’Doli à Fraternité Matin après sa mission dans les structures de contrôle administratif

Focus Actualité 22 octobre 2018
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L’Inspecteur Général d’Etat AHOUA N’Doli Théophile : ‘’Nous devons mettre tout en œuvre pour préserver les deniers publics’’.

 

INTERVIEW REALISEE PAR AIHÉDÉEASSI

FM : Vous venez, d’organiser une mission de travail dans différentes inspections du Ministère de l’Economie et des Finances et du Ministère du Budget. Pouvez-vous nous en dire plus, notamment sur l’objectif poursuivi ?

-Les Directives du Cadre Harmonisé des Finances Publiques de l’Union Economique et Monétaire (UEMOA) de 2009 intégrées dans le dispositif légal de la Côte d’Ivoire en 2014 par le Gouvernement, font de l’Inspection Générale d’Etat (IGE) la faitière et l’organe de coordination de toutes les inspections et structures de contrôle et d’audit internes de l’Exécutif, naturellement placée sous la Haute autorité du Président de la République, Chef dudit Exécutif.

Ainsi, l’IGE a une mission de supervision, de coordination, d’encadrement des activités des organes de contrôle et d’audit internes (Inspection Générale des Finances-IGF, Inspections Générales des Ministères-IGM, Auditeurs Internes des Sociétés d’Etat et toutes autres structures de contrôle et d’audit internes de l’Etat). Même si les IGM sont sous le contrôle hiérarchique de leurs ministères techniques, la réforme établit tout de même un lien fonctionnel entre ces inspections générales de ministères et l’IGE.

Aussi, avons-nous éprouvé le besoin de rendre visite à ces différentes inspections générales des ministères, appelées IGM et toutes les autres cellules et structures en charge du contrôle et de l’audit internes.

Ne pouvant pas rendre visite à l’ensemble des IGM en même temps, nous avons décidé d’effectuer une visite de travail dans certaines d’entre elles, notamment l’Inspection Générale des Finances qui est rattachée au Premier Ministre et les structures d’inspection du Ministère de l’Economie et des Finances et celles du Secrétariat d’Etat auprès du Premier Ministre chargé du Budget et du Portefeuille de l’Etat.

FM :  EN DEHORS DE CET OBJECTIF GENERAL, QUEL ETAIT DONC L’OBJECTIF SPECIFIQUE ET IMMEDIAT DE CETTE MISSION DE TRAVAIL ?

A travers cette visite, nous voulions rencontrer les inspecteurs des ministères sur leur lieu de travail en vue de découvrir leurs conditions de travail in situ et échanger avec eux sur les conditions de renforcement de notre collaboration. A l’occasion, ils nous ont fait connaître leurs difficultés et leurs doléances.

Je précise qu’avant cette visite, nous avons informé le Premier Ministre et les Ministres concernés. Je note que ces visites vont se poursuivre ultérieurement dans d’autres IGM.

FM : Avant d’aborder le chapitre concernant les observations que vous avez faites lors de votre visite, était-ce pour vous I.G.E. le premier contact avec ces structures ?

- Non, en fait, depuis ma nomination le 14 juillet 2017, nous avons eu avec les IGM différentes rencontres, notamment trois (3) : le mercredi 6 décembre 2017, le jeudi 11 janvier 2018 et plus récemment le 27 septembre 2018.

Au cours de ces rencontres avec les IGM, nous avons toujours indiqué que le renforcement de la collaboration entre toutes les structures de contrôle de l’ordre interne et l’IGE était, pour nous un objectif prioritaire.

FM : Quelle était la substance du message ainsi que les grandes lignes de vos échanges avec ces structures ?

- D’abord, nous les avons félicités pour l’important et très souvent difficile travail qu’ils abattent au quotidien pour préserver les ressources de l’Etat, combattre la fraude et toutes actions portant atteinte à la bonne gouvernance. Vous savez que la lutte contre la malgouvernance est une œuvre délicate, car ce n’est pas le souhait de tous. Pendant que les structures d’inspection et d’audit font leurs efforts pour préserver les deniers publics, il y a des personnes qui les combattent, parce qu’elles veulent avoir les mains libres pour frauder, se livrer à la corruption et agir dans le sens de la prévarication des ressources de l’Etat déjà insuffisantes. Donc, les inspecteurs et auditeurs de l’Etat méritent qu’on les félicite et qu’on les encourage à poursuivre dans l’effort.

Ensuite, j’ai situé et expliqué l’objet de ma visite. Au cours de nos entretiens, j’ai insisté sur la nécessité de développer une synergie d’action entre toutes les inspections générales de ministères et les autres structures de contrôle et d’audit internes et l’IGE, parce que, selon nous, nous formons un ensemble cohérent de structures de contrôle interne, donc une famille. Il conviendrait donc d’éviter que les différentes structures de contrôle interne « se marchent sur les pieds » en faisant les mêmes choses. J’ai plaidé alors pour une mutualisation de nos efforts pour plus d’efficacité, par des actions complémentaires et non concurrentielles, surtout qu’individuellement, nos structures ne disposent pas de beaucoup de moyens notamment financiers et humains.

FM : A CETTE OCCASION, LEUR AVEZ-VOUS COMMUNIQUE VOTRE METODE DE TRAVAIL ?

- Effectivement, je leur ai expliqué ma méthode de travail en matière de conduite de missions d’inspections. Je leur ai notamment dit que chaque fois que nous sommes saisi pour une mission d’inspection ou d’audit interne, nous avons pour habitude d’associer les IGM en fonction de la nature du dossier et de la compétence spécifique de telle ou telle IGM. Il peut même arriver que la mission soit confiée en totalité à une inspection spécifique.

J’ai saisi l’occasion pour rappeler aux Inspecteurs Généraux et à leurs collaborateurs les principales missions des structures de contrôle et d’audit internes. Notre rôle est double. Il s’agit de veiller d’une part au bon fonctionnement des services et d’autres part à la bonne gestion des ressources publiques. Nous devons tout mettre en œuvre pour préserver les deniers publics, éviter la prévarication des ressources et d’une manière générale, faire en sorte que les actions de l’Etat, des EPN, des sociétés d’Etat et société à participation financière publique et des collectivités territoriales soient inscrites dans une optique de bonne gouvernance.

De même, je leur ai indiqué que les réformes des Finances Publiques en cours exigeaient l’élaboration, dans les ministères, de l’Audit basé sur les risques (ABR) et l’établissement dynamique de la cartographie des risques pour prévenir les risques de fraude et de mauvaise gouvernance, et ce que nous allons entreprendre incessamment. Par ailleurs, il nous faudra instituer, dans les ministères, des hautes structures de contrôle et d’audit internes, avec plus de pouvoirs et de moyens.

J’ai également indiqué aux responsables de ces structures de contrôle et d’audit internes, qu’il leur était fait obligation, par les textes légaux et règlementaires de la Côte d’Ivoire, de nous transmettre un certain nombre de documents.

FM : Comment, concrètement se matérialise et fonctionne votre collaboration avec ces structures ?

- Je vous ai indiqué déjà comment nous avons commencé à mener ensemble, l’IGE, IGM, des missions d’inspection et d’audit.

L’Inspecteur Général d’Etat peut aussi commettre une IGM ou tout autre organe de contrôle administratif de faire des contrôles, des audits ou des investigations pour le compte de l’Inspection Générale d’Etat.

L’IGE peut, selon la nature des missions d’inspection ou d’audit, demander le concours des inspecteurs, auditeurs, consultants et experts des IGM ou de cabinet privés. L’IGE peut également demander à l’Inspection Générale des Finances (IGF) ou à la Cellule d’Evaluation et d’Audit des Dépenses Publiques (CEADP), de faire un rapport sur l’exécution du budget ou la qualité de la dépense publique. Les nouveaux textes nous en donnent la possibilité.

En outre, en notre qualité d’organe supérieur de contrôle interne assurant la supervision et la coordination des structures de contrôle et d’audit internes, une de nos missions est d’élaborer un cadre de référence pour la pratique professionnelle de l’audit interne dans l’administration et s’assurer de sa mise à jour régulière et de son application. Il nous faut également harmoniser les programmes, les méthodes de travail et les outils des organes de contrôle administratif en matière d’audit et de contrôle internes et diffuser, en leur sein, les bonnes pratiques généralement admises.

L’IGE doit également élaborer des manuels propres à l’audit et au contrôle internes spécifiques à chaque secteur d’activité, assurer un appui méthodologique et technique aux organes de contrôle administratif sectoriel, concevoir, mettre en œuvre et d’exploiter un applicatif (progiciel) permettant de collecter et d’analyser les recommandations issues des rapports d’audit, d’inspection et de contrôle de tous les corps de contrôle et d’audit internes de l’Etat.

Nous avons aussi pour mission de nous assurer de la mise en œuvre d’un programme d’assurance qualité de l’audit interne dans l’administration et de la mise en place d’un pôle méthodologique pour l’ensemble de la chaine de contrôle administratif, et constituer pour l’ensemble de la chaine toute documentation méthodologique utile au contrôle et à l’audit internes.

Par ailleurs, comme nous l’avons fait pour le rapport d’activités 2016 et 2017, le rapport que nous remettons à SEM le Président de la République comprend à la fois les activités et les difficultés de l’Inspection Générale d’Etat et celles des Inspections Générales de Ministère.

Par ailleurs, dans le cadre de la coordination des activités des structures de contrôle et d’audit interne, les textes exigent de ces structures de transmettre (i) leurs rapports annuels d’activités avant la fin du mois de janvier, (ii) leurs programmes d’inspection et d’audit de leurs départements ministériels, (iii) Copie de tous autres rapports, (iv) les données statistiques de leurs activités, (v) leurs rapports trimestriels d’activités.

Vous le voyez, les chantiers sont vastes. Il faut le faire, si nécessaire, progressivement. C’est tout cela que j’ai expliqué à mes différents interlocuteurs.

FM : Monsieur l’Inspecteur Général d’Etat, pour mener à bien toutes ces actions, il vous faut des ressources humaines appropriées, avec des hommes et des femmes formés et bien… « Formatés »….

- Oui, nous avons abordé la question de la formation. Que ce soit nous-même ou les IGM, nous accordons une grande importance à la formation et au renforcement des capacités des inspecteurs, contrôleurs et auditeurs. Notamment, il convient que nos collaborateurs soient bien formés sur les thèmes basiques de la conduite des missions d’inspection de contrôle et d’audit internes, l’élaboration des rapports de mission. Il faut également les former aux domaines plus spécifiques et technique tels que l’évaluation des politiques, l’Audit basé sur les risques, etc.

Nous avons aussi échangé sur la nécessité de soumettre à adoption les avant-projets de textes régissant les IGM qui concernent notamment la professionnalisation du métier d’Inspecteur ou d’Auditeur du secteur public et la transformation des IGM en structure opérationnelle de contrôle et d’audit internes.

J’ai indiqué que maintenant que le décret concernant l’IGE avait été signé, notre prochain chantier concerne justement ces textes qui feront l’objet d’une relecture pour les actualiser et les soumettre au Gouvernement.

Un autre point que nous avons abordé concerne le suivi des recommandations, parce qu’il n’y a aucune raison que nous réalisons des missions d’inspection et d’audit, que nous fassions des recommandations et que les ministères et structures auditées les mettent dans des tiroirs.

Je leur ai rappelé à cet effet qu’il appartient à chacune des structures d’œuvrer à la mise en œuvre de ces recommandations. Sur ce point, je leur ai indiqué que les textes autorisent notamment l’Inspecteur Général d’Etat à tenir une fois par trimestre, avec les Ministres concernés, une réunion de suivi-évaluation des recommandations.

FM : Quelles sont les principales difficultés qui ont été évoquées par les structures que vous avez visitées ?

- Les difficultés des structures de contrôle interne se résument au manque de moyens financiers, humains et matériels pour assumer correctement leur rôle. Que ce soit au niveau de la Douane, des Impôts, du Trésor et à l’IGF, ce sont les mêmes problèmes. Il en est de même au niveau de toutes les Inspections Générales des Ministères.

En réponse à tous, j’ai indiqué que toutes leurs difficultés seront soumises au Président de la République qui, je les ai rassurés, y prête une oreille très attentive.

Au terme de cet entretien, je voudrais vous réitérer nos remerciements pour nous avoir permis de présenter la mission que nous venons d’effectuer dans les différentes IGM. Vous me permettrez également de saisir l’occasion pour remercier le Président de la République dont nous dépendons, pour sou soutien constant et sa disponibilité à apporter des solutions à nos préoccupations.


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